Au cœur d’un conflit qui vole l’enfance

La démesure de la République Démocratique du Congo pourrait donner le vertige : deuxième plus grand pays d’Afrique (et onzième plus grand pays du monde) avec ses 2 345 410 km2, une population qui dépasserait les 105 millions d’habitants avec 9 pays limitrophes et des richesses, notamment des ressources minières, inestimables. Mais la RDC, c’est aussi l’un des pays les plus pauvres du monde et dont l’histoire est jalonnée de guerres sanglantes : la première de 1996 à 1997 qui chassa, du pouvoir, le Président zaïrois Mobutu Sese Seko et la deuxième, de 1998 à 2002, impliquant 9 pays voisins. Celle-ci aurait fait près de 6 millions de morts, principalement de famine et de maladies.

La résurgence du M23 depuis janvier 2025 dans l’est de la RDC a ravivé les tensions au Kivu, aggravant une situation sécuritaire et humanitaire déjà extrêmement fragile.

Pour ce 4ème projet, nous avons choisi d’intervenir dans la province du Sud-Kivu, l’une des trois provinces de la RDC les plus affectées par les conflits armés, le recrutement d’enfants par les groupes armés et les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre.

Plus d’une cinquantaine de groupes armés y occupent les territoires (Fizi, Shabunda, Kalehe, Kabare, Uvira, Mwenga, Walungu).

Les enfants recrutés par les groupes armés

Accompagner les enfants affectés par les conflits armés au Kivu et au Maniema

Sans recensement précis, il est difficile de dénombrer les enfants recrutés par les forces et groupes armés dans la région. Selon le réseau des organisations de la société civile (ROSSRESGA – le Réseau de la Société Civile Contre le Recrutement des Enfants Soldats par les Groupes Armés ), ils seraient plus d’une dizaine de milliers dans le Nord et le Sud Kivu et le Sud du Maniema.

Combattants, espions, escortes, porteurs, cuisiniers, « guérisseurs », esclaves sexuels, etc., ils sont enrôlés dès l’âge de 8 ans et restent souvent plusieurs années en captivité.

En RDC, les filles représentent environ 30 % des enfants associés aux forces et groupes armés. Elles ont entre 8 et 18 ans. Elles sont combattantes, épouses de chefs de guerre, esclaves sexuelles,…

Les autres victimes de ces conflits armés sont :
– Les enfants ayant subi des violences sexuelles
– Les enfants nés du viol
– Les enfants déplacés

Les attaques meurtrières contre les populations civiles, violations de droits de l’homme, harcèlements, enlèvements, viols à grande échelle, pillages, etc.; autant de violences qui forcent la population civile à fuir, devenant ainsi l’un des pays au monde qui compte le plus de déplacés internes.

Programme holistique (2022–2026)

Accompagner les enfants au Kivu et au Maniema : de la prévention du recrutement à la réinsertion durable

1. PRÉVENIR LE RECRUTEMENT DES ENFANTS

La libération des enfants est négociée directement auprès des commandants des groupes armés, sans contrepartie.

2. OBTENIR LA LIBÉRATION DES ENFANTS

La libération des enfants est négociée directement auprès des commandants des groupes armés, sans contrepartie.

3. ACCUEILLIR ET ACCOMPAGNER LES ENFANTS LIBÉRÉS

Les enfants libérés sont accueillis pendant 3 à 6 mois dans des Centres de Transit et d’Orientation (CTO) ou dans des familles d’accueil transitoires.

Ils y bénéficient d’un accompagnement complet :

-soutien psychologique et social
-soins médicaux (et gynécologiques pour les filles)
-éducation et rattrapage scolaire
-hébergement et alimentation

Durant cette période, les équipes entament également la recherche des familles et accompagnent les enfants dans la construction de leur projet de vie.

4. FAVORISER LA RÉUNIFICATION FAMILIALE

Les enfants sont réunifiés avec leur famille biologique ou élargie dès que possible.
Dans certains cas (environ 15 %), la réunification est plus complexe : enfants étrangers, communautés encore sous contrôle de groupes armés ou absence d’informations familiales. Les adolescents peuvent alors être orientés vers des foyers de jeunes autonomes.

5. ASSURER UN SUIVI DANS LA COMMUNAUTÉ

Après leur retour, les enfants bénéficient d’un suivi régulier pendant 6 mois à un an, afin d’accompagner leur réintégration et d’évaluer leur bien-être psychologique, social et communautaire.

6. SOUTENIR LA SCOLARISATION OU LA RÉINSERTION PROFESSIONNELLE

Selon leur situation et leurs aspirations, les enfants peuvent être :
– rescolarisés,
– formés à un métier,
– ou accompagnés dans le développement d’une activité génératrice de revenus.

Étant financé par la Direction Générale de la Coopération Belge, le programme Stop Enfants Soldats fait l’objet d’une évaluation externe pour la bonne gestion et la bonne réalisation du programme. Avec le soutien institutionnel de : la Direction Générale au Développement, la WBI, le CNCD et des fondations : Eurhope, CBTW et NIF.

En 2024, 1 302 enfants sortis des groupes armés (752 garçons et 550 filles), dans le cadre du Programme quinquennal «Stop Enfants Soldats »

Grâce à nos partenaires locaux, ces enfants ont bénéficié d’un suivi psychosocial, d’une scolarisation (100 enfants : 45 filles et 55 garçons) ou d’une formation professionnelle (36 garçons et 34 filles), ainsi que d’un appui à la réunification familiale.

Reconstruire l’enfance après la violence

Les enfants victimes de violences sexuelles et nés du viol

En République démocratique du Congo, WAPA accompagne aussi les enfants victimes de violences sexuelles, les enfants nés du viol et les enfants déplacés par les conflits, notamment dans les villages du Sud-Kivu.
En 2016, à la demande du Denis Mukwege, un premier programme a été lancé avec l’hopital de Panzi afin de développer une prise en charge adaptée aux très jeunes enfants victimes de violences sexuelles utilisées comme arme de guerre.

Ce programme a permis de créer une méthodologie thérapeutique spécifique pour les enfants de 0 à 12 ans, combinant :

– Accompagnement psychologique individuel et collectif
– Play-thérapie et art-thérapie
– Soutien parental et scolaire
– Sensibilisation des communauté
– Formations génératrices de revenus pour les familles
– Travaux de recherche pour améliorer la prise en charge

Le protocole thérapeutique s’inscrit sur 3 ans, afin de soutenir durablement la reconstruction des enfants.
Cette méthodologie est aujourd’hui également utilisée pour les enfants nés du viol et peut être adaptée à d’autres contextes où de jeunes enfants sont confrontés à des traumatismes graves.

J’ai suivi le cours de français pendant 3 mois, au niveau 2. J’ai appris à lire et à écrire en français, à corriger mes erreurs, à combler mes lacunes. J’espère que d’autres auront également cette possibilité de bénéficier de ce programme ». 

Olivier (16 ans), accueilli au CTO du BVES.

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